Madagascar

Madagascar : des élections présidentielles 2018 hautes en couleurs !

Affichage électoral à Andasibe, Madagascar

En octobre 2018, alors que nous voyagions à Madagascar, le pays était en pleine période de campagne pour les élections présidentielles. Celles-ci se tenaient au mois décembre. Et si en arrivant, nous ne le savions pas, nous l’avons très vite découvert !

Affiches placardées partout, distribution massive de t-shirts à l’effigie des candidats, spots TV… On vous raconte ce qu’on a observé de la « propagande », comme l’appellent les Malgaches !

Une arrivée à Tana en musique !

Nous atterrissons à Antananarivo en fin d’après-midi après un voyage de près de 24h. La nuit tombe lorsqu’on traverse la ville en taxi dans une Renault 19 des années 80 pour rejoindre notre hôtel. Le dépaysement est violent, on est captivés par le décor. On se laisse surprendre par des situations déconcertantes pour nous qui mettons pour la première fois les pieds en Afrique.

Vue sur les rizières d'Antananarivo, Madagascar

On prend une grande route en goudron qui traverse des rizières à perte de vue dans lesquelles on fabrique… des briques ! Les passants, jeunes enfants compris, marchent pieds nus au bord de la route, à moitié sur le goudron et dans la terre. Parmi eux, les zébus transportent toutes sortes de marchandises en vrac. Et en passant au-dessus de ruisseaux, on aperçoit des femmes ramassant leur linge étalé sur le sol. Puis, on devine qu’on entre dans la ville lorsque des habitations délabrées aux couleurs défraichies commencent à. nous entourer. Nous ne remarquons pas tout de suite les affiches électorales placardées aux murs.

Enfin, nous sommes heureux d’arriver dans notre chambre d’hôtel ! Affalés sur le lit, nous allumons la TV. Un clip passe et repasse incessamment avec une chanson entêtante et une chorégraphie entrainante. En boucle. Forcément, ça m’amuse et je me mets à entonner la chanson et à suivre les pas : j’adore ! Ça sera sûrement notre chanson de Mada.

Des candidats qui ne lésinent pas sur les moyens

Le lendemain, Hobi, l’un de nos contacts sur place, nous explique alors que nous sommes en pleine campagne électorale. Et alors, tout devient limpide : on remarque les affiches absolument partout, les grands panneaux autour du Palais Présidentiel… Frantz reçoit même un texto via sa puce malgache l’invitant à soutenir le numéro « 25 ». Et le fameux spot TV, c’est un clip de campagne du candidat 13. De l’auto-promo, en somme. 

Echoppe à Antananarivo, Madagascar

Cette campagne nous a semblé pour le moins caricaturale, et différente de ce qu’on connait à bien des égards. Les Malgaches l’appellent même « propagande », sans la connotation négative que l’on associe à ce terme.

Tout au long de notre périple malgache, dans chaque ville et village traversés, les affiches habillent les murs défraichis. Vêtus de t-shirts aux couleurs criardes à l’effigie des candidats, les Malgaches parlent du « 13 », du « 25 »… Et bien-sûr, la fameuse chanson nous accompagne partout ! Elle est diffusée dans la rue des véhicules dédiés et passe en boucle à la radio dans les petites échoppes.

Ici, pas d’équité du temps de parole : celui qui a le plus de moyens accapare l’espace médiatique. Car on l’apprendra plus tard : les deux candidats favoris, les fameux « 13 » et « 25 » possèdent chacun leur chaine TV. Ils sont également en partenariat avec des opérateurs téléphoniques.

Une autre pratique a retenu notre attention : la distribution massive de t-shirts. Dans un pays où la population peine à manger à sa faim et à s’habiller, on comprend la stratégie. La vague orange du numéro 13 a déferlé dans bien des villages, et les habitants porteront sans doute ce t-shirt pendant de longues années. L’impact visuel et psychologique est puissant.

Cerise sur le gâteau : des déplacements en hélicoptère !

Enfin, la cerise sur le gâteau, ce sont les déplacements en hélicoptère. Alors que nous découvrons le Canal des Pangalanes avec Fabric, notre souriant guide qui nous accueille dans son village et nous explique la vie des riverains, un hélicoptère passe au-dessus de nos têtes. Immédiatement, tous les hommes du village se mettent à courir en direction de la ville.

Toamasina, Madagascar
Toamasina, Madagascar

« C’est Andry Rajoelina, le candidat numéro 13, qui arrive en hélicoptère pour nous voir. Il intervient à Toamasina. C’est la fête ! ».

Fabric, notre guide sur le Canal des Pangalanes

En effet, en revenant à Toasmasina, 2e ville du pays et port commercial principal, on assiste à un spectacle impressionnant avec une foule immense et survoltée, de la musique, une distribution massive de t-shirt… Un impressionnant raz-de marée orange !

Alors ici, on peut acheter la démocratie avec des meetings massifs, un tube de l’été et des t-shirts ?

Numéros 13 et 25 : qui sont les principaux candidats ?

Ironie du sort, les deux favoris de cette élection sont les deux protagonistes du coup d’État de 2009 : Andry Rajoelina (13) et Marc Ravalomanana (25). En 2009, alors qu’il était maire d’Antananarivo, Rajoelina avait fomenté des révoltes pour renverser Ravalomanana à l’aide de l’armée. Ces révoltes avaient été réprimées dans le sang par Ravalomanana. Ce coup d’Etat, qui avait effectivement amené Rajoelina au pouvoir, avait été dénoncé par la communauté internationale.

Pourtant, ces deux hommes ont bien des points communs. Tout d’abord, ils sont tous deux issus de la région des hauts-plateaux. De plus, ils sont de la même ethnie, les Mérina. Néanmoins, Rajoelina est moins perçu comme un candidat « Mérina », atout considérable alors que 17 ethnies composent le pays.

Par ailleurs, tous deux sont de riches hommes d’affaires qui possèdent chacun leur chaine TV. Ravalomanana a fait fortune dans l’agroalimentaire, Rajoelina dans la publicité et il était DJ.

Enfin, chacun promet d’éradiquer la pauvreté et d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Pour résumer, voici le choix donné aux Malgaches : deux riches hommes d’affaires au passé très discutable en termes de respect de la démocratie et qui rivalisent de meetings et de concerts et qui s’accusent mutuellement de fraude.

Les inégalités sont aggravées par la corruption

De notre point de vue, il est difficile de ne pas s’indigner face à une telle situation.

Avec 75% de la population vivant avec moins de 1,90 dollar par jour, Madagascar est l’un des pays les plus pauvres du monde. Le taux de scolarisation demeure très faible et le pays manque cruellement d’enseignants formés. Pour aider leur famille, les enfants sont vite retirés des bancs de l’école pour travailler. D’après un rapport de l’UNICEF de 2018, seul un enfant sur trois complètera son éducation primaire. Enfin, la situation sanitaire est alarmante avec de nombreuses épidémies et un faible accès aux soins.

La richesse du pays réside dans la grande diversité de ses ressources naturelles qui nous ont éblouis tout au long de notre périple. Les paysages aux multiples facettes sont à couper le souffle, de la végétation luxuriante aux montagnes de terre rouge. Mais la corruption appauvrit gravement cette mine d’or : surexploitation et trafics sont monnaie courante (bois de rose, clous de girofle…)

La corruption et l’instabilité politique qui en découle sont bien des fléaux qui contribuent à creuser les inégalités et entravent le développement du pays.

And the winner is…

Bien que rentrés en novembre, on s’est intéressés au résultat de l’élection. C’est le candidat 13, Andry Rajoelina qui a été élu. Celui dont la chanson nous a entêtés pendant tout le voyage et qui est venu en hélicoptère à Toamasina.

Évidemment dans un pays où la corruption sévit, on peut s’interroger sur le résultat. Certaines personnes par exemple, même munies de cartes électorales ne seraient pas autorisées à voter, ceci sans aucune raison invoquée. Sans surprise, le candidat 25 ne s’est pas fait prié pour engager des procédures auprès de la Haute Cour constitutionnelle pour contester ces résultats.

Toutefois, malgré les craintes, il n’y a pas eu de troubles post électoraux. Car à Mada, c’est chose courante. D’ailleurs, l’un de nos contacts sur place nous avait dit : « c’est mieux que vous partiez avant les élections, on ne sait jamais comment ça peut tourner ici ! ». Il l’a dit avec le sourire, mais nous, on a saisi le message 😉

Sources

2 commentaires

Sandy 26 juin 2020 at 16 h 41 min

Je souris en lisant votre article parce que les photos sont superbes et me rappellent de jolis souvenirs, mais aussi parce qu’en Octobre 2019, lors de mon passage à Madagascar, encore beaucoup de monde portait les fameux t-shirts oranges, surtout dans les petits villages. Il est vrai que les politiciens ont trouvé le bon filon pour se rendre visible dans tout le pays…

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Cynthia David 26 juin 2020 at 17 h 06 min

Merci pour ton commentaire Sandy ! C’est très intéressant de constater que même un an après, les portraits tapissent toujours les murs. Quant aux t-shirts, ils vont également être portées plusieurs années à mon avis. C’est un marketing agressif mais efficace 😉

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