Martinique

Sargasses : comment s’organise la Martinique ?

Les équipes de la Ville de Sainte-Anne et de l'Association Hommes et Territoire ramassent les sargasses sur la plage de Cap Chevalier

Pendant notre séjour en Martinique au mois de janvier, nous avons pu profiter des plages paradisiaques. On s’est fait la remarque : cette année, pas de sargasses échouées sur le sable, quelle chance !

Le matin de notre départ, nous avions rendez-vous pour un shooting photo de Frantz à Cap Chevalier, magnifique crique au sud de l’ile. Et là, en arrivant sur la plage, nous apercevons une vingtaine de personnes vêtues du même t-shirt, en train de s’affairer sur le rivage avec des fourches, des râteaux, des brouettes… Elles étaient là, amassées sur le rivage et déjà en tas sur le sable : les sargasses étaient de retour !

Qu’est-ce que cette algue ? Comment s’organisent les communautés pour gérer ce phénomène ? J’ai voulu creuser un peu !

Pour commencer, j’ai entendu parler de ce phénomène la première fois que j’allais en Martinique, en mai 2018. A l’occasion de ce premier voyage aux Antilles, je rêvais évidemment des plages des cartes postales, des Salines naturellement, des fonds blancs du François…

Dès notre arrivée, les parents de Frantz nous apprennent que les sargasses ont envahi tous les littoraux de l’ile, et plus particulièrement l’est et le sud. Les sargasses ce sont ces algues qui lorsqu’elles s’échouent sur le rivage et pourrissent, deviennent nauséabondes et toxiques. En effet, j’ai pu le constater moi-même lorsqu’en traversant la ville du François en voiture pour aller vers le grand sud, j’ai été prise de maux de tête et de nausées. Les parents de Frantz nous expliquent que des établissements scolaires ont fermé et que des familles ont été contraintes de quitter leurs maisons…  Cela étant, ce n’est surprenant vu l’odeur.

Et, même à des kilomètres de l’océan, des traces de moisissure ornent les murs des maisons et les appareils électroménagers ne résistent pas. Alors imaginons ce que cela peut engendrer sur les organismes vivants…

La prolifération des sargasses : un phénomène énigmatique

Qu’est-ce que les sargasses ? D’où viennent-elles ?

Les sargasses sont des algues brunes qui, lorsqu’elles s’échouent sur le littoral et pourrissent, émanent de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac. Ce gaz toxique met, ainsi, en péril la flore et la faune marine et du littoral (récifs coralliens, coquillages, tortues…) Il existe plusieurs espèces de sargasses dont la plupart vivent dans les fonds marin. Cependant, celles que l’on connait évoluent à la surface de l’océan.

Sargasses échouées
Sargasses échouées sur la plage de Cap Chevalier © Frantz Daribo

En premier lieu, le phénomène de prolifération massive des sargasses a été observé au Brésil en 2011. Puis, il s’est étendu des deux côtés de l’Atlantique. Depuis quelques années, il affecte particulièrement les rivages antillais.

Les sargasses ne sont pourtant pas une nouveauté. On apprend l’existence de la mer des sargasses, alors située entre les Bermudes et la Floride… dans les écrits de Christophe Colomb !

En 2018, un record a été battu : en tout, les sargasses se sont étendues sur 8 850 km et 20 millions de tonnes ont été ramassées.

Sargasses aux Caraïbes : un mystère résolu ?, RTL, 09/07/2019

Si les scientifiques n’ont pas pu identifier une cause précise à ce jour, ils ont toutefois avancé des hypothèses : réchauffement climatique, vents et courants, agriculture à outrance en Amazonie… Cette invasion d’algues serait due à la combinaison de plusieurs facteurs.

Des conséquences considérables qui inquiètent les autorités locales

Cette « crise des sargasses » a des effets néfastes à la fois sur la santé, l’écosystème (tortues, oiseaux, récifs coralliens, coquillages…) et l’économie (effet dissuasif sur les touristes).

Les autorités locales, qui se sentent débordées par l’ampleur des dégâts et ne parviennent plus à gérer le stockage et le recyclage de ces algues, déplorent un engagement insuffisant de l’État dans la gestion de cette crise. Elles se battent pour qu’elle soit classée comme « catastrophe naturelle », et, ainsi, permettre aux riverains d’être indemnisés pour les dommages matériels subis.

Afin de contenir la propagation des algues, différentes solutions ont été testées. En 2018, la ville du Robert a expérimenté un type de barrage efficace, qui malheureusement détournait les algues vers les communes voisines. Les complexes touristiques, quant à eux, mettent des moyens financiers et humains pour déblayer leurs plages.

Toutefois, pour que les réponses soient durables, elles doivent être pensées au niveau global.

Comment les communautés s’organisent pour limiter les dégâts ?

Ce matin-là, nous avons eu la chance d’échanger avec Arthur et Jeremie qui travaillaient sur la plage de Cap Chevalier. Ils nous ont appris que ce phénomène était réapparu ici depuis quelques jours. Fait exceptionnel, car d’habitude, c’est plutôt en juin.

Arthur, Ville de Sainte-Anne
On procède ainsi : on regroupe les algues en tas au bord de l’eau à l’aide des râteaux, on les dépose avec les fourches dans les brouettes puis on les ramène plus haut sur la plage. Il nous faudrait des engins, c’est fastidieux avec les brouettes !
Arthur, Ville de Sainte-Anne

C’est sans fin, ai-je pensé…

On se demande, en effet, si une intervention manuelle peut suffire pour gérer des quantités aussi impressionnantes. Mais les engins mécaniques sont limités, faute de pouvoir accéder aux plages mais aussi parce-que leur usage détériore le littoral.

Autorités locales et associations unissent leurs forces pour maintenir le littoral propre

Arthur nous explique que l’équipe sur place est composée de deux organismes : les employés de la Ville de Sainte-Anne, et la « Brigade Verte » de l’Association Hommes et Territoires, avec les t-shirts bleus.

D’après mes recherches, cette association a lancé en 2018 l’Opération Sargasses, pour laquelle œuvre leur Brigade Verte. Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’insertion de demandeurs d’emploi. L’objectif est de surveiller ce phénomène et d’intervenir rapidement pour nettoyer manuellement les littoraux. En 2018, 40 personnes composaient la Brigade Verte.

Depuis juin 2018, pendant les périodes d’afflux de sargasses, ces équipes nettoient les plages de Sainte-Anne chaque matin. Saluons leur travail sans lequel nous ne pourrions pas profiter des plaisirs balnéaires.

Quel avenir avec les sargasses ?

Les chercheurs sont unanimes : le phénomène de prolifération des sargasses va perdurer. Nous allons devoir vivre avec.

Dans la mesure où on ne peut pas supprimer ces algues ni les contenir à grand échelle, les solutions résident dans l’anticipation des périodes d’échouage et dans le recyclage.

A ce propos, certains ont déjà fait preuve d’ingéniosité pour offrir une seconde vie aux sargasses.

C’est ainsi qu’en Guadeloupe, certains agriculteurs l’utilisent comme compost. En Bretagne, une start-up, Algopack, en fait du plastique pour tous usages (jetons de caddies, montures de lunettes…) Au Mexique, on les utilise comme comme engrais, pour faire des briques, et même des chaussures !

Au fond, c’est la preuve qu’en s’organisant et en faisant preuve de créativité, à grande échelle, on peut trouver des solutions !

Sargasses sur la plage de Cap Chevalier
Plage de Cap Chevalier © Frantz Daribo

Enfin, gardons à l’esprit que, si elles posent problème lorsqu’elles pourrissent en masse sur le rivage, les sargasses ont leur rôle dans l’océan. Il ne s’agit donc pas d’essayer – en vain – de les supprimer, mais de leur trouver une place dans notre quotidien.

Sources :

  • Hommes et Territoires, Opération sargasses
  • Congrès des maires – Lutte contre les sargasses : face au manque de financement, des élus menacent de jeter l’éponge, BANQUE DES TERRITOIRES, 25/11/2019
  • La prolifération des sargasses, phénomène encore mystérieux, par AFP, site Geo, 24/10/2019
  • Au Mexique, les sargasses stimulent la créativité des entrepreneurs, par AFP, site Geo, 31/05/2019
  • Plaie pour les Antilles, la sargasse est une aubaine pour d’autres, par AFP, site Geo, 22/09/2018

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1 commentaire

Plages Martinique : 10 spots emblématiques du Sud - Horizon Au Pluriel 4 septembre 2020 at 17 h 02 min

[…] une carte postale. La première fois que je suis venue en Martinique, je n’ai pas pu y aller (la faute aux sargasses) et ça m’a frustrée. En la découvrant cette année, je reconnais qu’elle est superbe […]

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